Bôtiluth à Caraz

Après notre ascension ratée de la laguna Paron, nous nous rendons dans un garage qui annonce fièrement «embrayage» sur la devanture et prenons rendez vous pour le lendemain matin. Willy est serein, et nous annonce 4h de travail. Quant aux pièces, pas de soucis, il suffit selon lui de remplacer la partie extérieure du disque. Nous arrivons donc de bon matin, et c’est parti pour le démontage. Sauf que visiblement son apprenti a passé une bonne soirée hier et a une sévère panne d’oreiller ce matin. Qu’a cela ne tienne, je m’y mets avec lui, et on commence le démontage.

Vers midi, on a été moins efficace que prévu, on finit à peine le démontage, et déjà on serre les dents quand Willy essaye de nous dire que ça a pris plus de temps que prévu, et qu’il faudrait peut être revoir le chiffrage à la hausse. Euh, et je te facture mes heures en échange?!…

Il part alors pour sa pause de midi, avec l’apprenti qui a finalement réussi à arriver, tranquille… Plus d’une heure de pause, largement le temps d’en profiter pour faire une petite vidange et les changements de filtres. A cette occasion, nos doutes augmentent lorsque, en demandant à acheter de l’huile (il manque 2 litres), il essaye de me dire qu’il n’a pas celle que je veux, mais que franchement, ce n’est pas gênant, on peut tout mélanger…. Merci, mais non merci, on en a trouvé dans l’autre garage un peu plus loin!

Finalement, en début d’après midi, un autre mécanicien est arrivé pour renforcer les effectifs, et le remontage du disque «réparé» est finalement un peu plus rapide, vers 4h, c’est fini. Ou presque… Parce que en regardant le carter remonté, je trouve tout de même une vis manquante «oups, désolés, elle est là!»… Et un peu plus loin, une autre est trop courte, il en a inversé deux au remontage!!! Le pire c’est qu’il essaye de me dire que ce n’est pas si grave, même quand je démontre qu’elle ne tient que sur à peine deux filets: au secours!

Mais les choses ne s’arrangent pas, loin de là… On redémarre le moteur, prêts pour les essais, et là, surprise, la pédale d’embrayage ne répond plus! On patine dans le vide, il n’y a rien au bout. C’est à ce moment qu’on arrive dans la quatrième dimension, il se tourne alors vers moi et me demande comment se règle mon embrayage… J’hallucine, c’est qui le garagiste?

S’en suit trois heures catastrophiques où deux nouveaux compères nous rejoignent, regardent, essayent de comprendre, pompent comme des dingues sur la pédale, font du «bouche à bouche» dans le système hydraulique pour mettre de la pression, et démontent l’actionneur plusieurs fois, en prenant au passage tout le liquide dans la figure… Ils cherchent sur google, ils téléphonent à des mecs à Lima, bref, ils ne savent pas ce qu’ils font… Une nouvelle anecdote me donne envie de pleurer : devant le capot ouvert, Willy me demande combien il y a de cylindre sur le moteur, 6 ou 8? Joignant le geste à la parole, je lui répond 4… Il me dit que ça doit être 6 quand même: «M**** ouvre les yeux!!!»

En fait on s’est trompés, on a demandé à un coiffeur de réparer notre pauvre Bôtiluth….

Finalement, la troupe déclare forfait à huit heures passées, nous restons dormir là, pas du tout rassurés pour la suite… Notre dernière nuit dans un garage, c’était chez Sam à Montréal, on se sentait beaucoup plus en confiance!

Le lendemain, ils se pointent à 8h30 (rdv 8h), les bras ballants, sans plus d’idée que la veille, s’apprêtant à recommencer le même cirque. On s’agace alors franchement, lui faisant admettre qu’il est totalement incompétent sur la question, et demandant à avoir un vrai interlocuteur… C’est alors qu’on rencontre Ruben, propriétaire du deuxième garage (celui qui avait l’huile qu’on voulait), qui nous dit qu’il vaut mieux qu’on aille directement chez lui. Largement échaudés par nos déboires de la veille, nous réussissons finalement à joindre Gaëtan, notre beau frère mécanicien, le seul en qui on ait vraiment confiance là! Décision est donc prise de changer de garage, nous partons, en plutôt mauvais termes, de ce garage de branquignolles.

Arrivés tout seuls jusque là, il faut se faire remorquer pour parcourir les 500m qui séparent les deux garages: en 24h, la situation a dégénéré…

Et c’est reparti pour un démontage complet, et là, on constate que ce n’est pas que le disque qui avait un problème, mais également la butée (que Willy n’avait pas cherché à démonter…). Il faut donc tout changer, disque, plateau et butée… Et forcément les pièces, on ne les a pas tout de suite. Ruben se démène pour trouver ça, et finalement, elles arriveront de Lima le surlendemain.

Nous établissons donc le campement dans le garage, un peu plus sereins, mais regardant le temps défiler : nous avons rendez-vous avec Tad et Mamé à 1500km de là dans moins d’une semaine…

Nouveau rebondissement le jeudi matin, quand arrivent les pièces de Lima : le plateau n’est pas le bon, c’est un modèle américain, pas identique au notre. Après hésitations, on essaye un remontage avec l’ancien plateau.

En début d’après midi, soulagement, ça démarre, ça embraye, ça roule! Sauf que après un essai, le mécanicien nous dit que le plateau ne tiendra pas longtemps, pas possible de repartir, il faut essayer de monter le nouveau… On re-démonte, on recommence, et c’est finalement après la nuit tombée que tout sera réglé et prêt pour repartir, à neuf!

Ruben et ses équipes ont bien saisi notre besoin de repartir rapidement, et ont mis tout en œuvre pour ça, mais sans compromis sur la qualité du travail, nous avons vu en quelques jours le pire et le meilleur, à quelques centaines de mètres de distance!

Le vendredi, après quatre jours chargés en rebondissements, nous quittons au petit matin le garage où nous avons passé une dernière nuit : nous avons une longue route devant nous…

5 commentaires sur “Bôtiluth à Caraz

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  1. Allez, avouez que sans vos galères mécaniques, vous vous ennuieriez… 😉 En tout cas, vos photos de pneus crevés et de graisse de moteur nous permettent de souffler un peu au milieu de toutes les splendeurs que vous traversez !… Bizz et bonne route !
    Claire

    Aimé par 1 personne

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